Séverine Caupain : Du Double Six au 24 ( Le journal du Périgord 11/08)
Ne pas chercher d’équation mathématique dans ce titre. Plutôt le raccourci du cheminement d’une artiste qui puise dans ces racines périgourdines force et stabilité. On est d’emblée frappé par le mélange de pudeur et de franchise que dégage cette jeune chanteuse. Mal à l’aise sous les paillettes et le faux-semblant de la capitale, ce retour au 24 pour exercer la profession d’infirmière tout en poursuivant sa maturation artistique méritait d’être contée.
L’histoire commence en classe de sixième au collège Bertrand de Born. Les cours de musique de Mme Rouleau inspirent Séverine. Le professeur décèle rapidement chez la jeune élève d’étonnantes qualités vocales. La Truffe des enfants est remportée dans l’année et le concours de maîtrise de Radio France tenté dans la foulée. Le sentiment d’échec qu’aurait pu suscité la fin de non recevoir du jury à l’interprétation de l’opéra de quat’ sous est rapidement gommé par la rencontre avec un des membres du jury. Christiane Legrand, sœur de Michel, fondatrice des Swingle Singers et des Double Six –la voix des Parapluies de Cherbourg-, prend d’emblée l’enfant sous son aile. Le coup de foudre est mutuel et immédiat : « Depuis ce jour, on ne s’est plus vraiment quitté ». Une confidence qui traduit le profond respect que continue à susciter, des années plus tard, la forte personnalité de cette artiste de renommée internationale ayant notamment collaboré avec Dizzy Gillepsie et Quincy Jones.. La sœur aînée de Michel Legrand va promener l’enfant-chanteur dans un nouveau monde. Du festival d’Avignon au Théâtre de Chaillot, les liens avec la troupe de Jérôme Savary deviennent rapidement prégnants. Le rapport avec le vieux compère de Savary, ancien du Grand Magic Circus, Michel Dussarat renforce chez Séverine cette envie de spectacle total où théâtre, musique et danse s’entremêlent. Les stages d’été du festival Arts et Chanson de Chateauroux, le conservatoire de Bordeaux dès la troisième pérennisent cette envie de formation multifocale qui trouve son aboutissement à Amsterdam. De 96 à 99, l’académie néerlandaise du Petit Art va devenir la seconde maison de la jeune mussidanaise. La difficulté de la vie à Amsterdam n’empêche pas Séverine de profiter pleinement de cette école « où il y a tout » . Les premiers spectacles datent de cette époque –L… in het frans en 98/99-.
Retour à Paris en 2000 pour intégrer le Christiane Legrand vocal, émanation des Swingle Singers ( concert à l’Arena de Genève). Les nombreuses activités musicales de cette période - travail en studio avec Michel Legrand, apéritif- concerts au théâtre de Chaillot avec le pianiste Patrice Peyrieras- n’arrivent pas à combler une personnalité de plus en plus mal à l’aise dans son rapport avec le show-bisness parisien. Le retour périgourdin auprès d’une famille qui a toujours soutenu les choix de sa protégée est inéluctable. Le fait de s’occuper de son arrière grand-mère affine chez Séverine l’envie de débuter des études d’infirmière. Les financer par la musique est un juste retour des choses. Du bal avec le Mélody’s Spectacle assoie le précieux statut d’intermittence et n’empêche pas de nouvelles expériences musicales. Des concerts aux chateaux d’Hautefort et d’Excideuil (2002) avec le DocteurBob’Jazz au duo magique avec le trompettiste Francis Célérier-« super pote, super musicien »- dans la chapelle de Tresséroux (Septembre 2007), la route est longue et les collaborations multiples. Celle avec l’organiste limougeaud Pat Giraud ( Festival de Saint Gilles Croix de Vie en mai 2006 et de Sancerre en juillet 2007) est l’une des plus riches et des plus productives. Les spectateurs du festival Jazz et Blues Chancelade de juin 2006 se souviennent encore de l’équilibre qui régne ce soir là entre chanteuse et musiciens : « Si on m’avait dit que je chanterais un jour avec Daniel Huck ! ». Le rencontre avec le saxophoniste-scatteur trouve dans le cadre de ce festival le lieu idoine pour générer explosivité et swing. Un grand moment qui braque les projecteurs de la presse spécialisée nationale sur Séverine. Son évolution actuelle est dans la lignée d’une telle soirée. La collaboration avec des « musiciens de cœur » comme le guitariste Ben Benouachkou et le bassiste Hans van Harkel assoie un peu plus les profonds désirs de la vocaliste : « j’aime patiner les meubles, pas les sauver ». Créér une base fixe qui grâce à sa stabilité permet d’aller plus loin, c’est un peu toute l’histoire de ce retour au pays. De Piaf à Asa, d’Ella à Cindy Lauper ou Amy Winehouse, c’est assurément un long, long chemin.
Stéphane Colin
Chanteuse de Jazz et chanson Française Contactez moi pour plus d'informations.